20 janvier 2007
CHERCHEUR d'ART (3)
Charles 1er d'Angleterre
Ce portrait du Monarque aux yeux glauques (glauque : 1- D'un vert qui tire sur le bleu. 2- Fam. Qui suscite une impression de tristesse mêlée d'angoisse. Le Robert) ne pouvait donc laisser indifférent petits et grands : dégoût ou fascination... décidément cette marque au visage faisait tache d'huile au milieu de cette peinture, si je puis me permettre ce mauvais jeu de mots !... Et pourtant !... Et pourtant !... Le plus étonnant se trouvait bel et bien de l'autre côté du tableau, méticuleusement épinglé sur le châssis : je veux bien sûr parler de ce mystérieux parchemin dont le décryptage constitua pour moi la première épreuve de cette aventure... et qui dit épreuve dit difficulté car l'usure du temps avait déjà entamé son irréversible travail de sape sur une écriture pattes-de-mouche fort heureusement relativement bien déliée. A force de patience et usage de loupe binoculaire... ou plutôt devrais-je dire pour être honnête : à force de loupe binoculaire et usure de patience, voici ce que le Marquis du P.-M. inscrivit pour la postérité en 1829 au revers de ce tableau :
Madame R., mère de Madame de B., me raconta sur ce tableau l’anecdote suivante.
Un de ses parents grand amateur de peinture voyageant en Angleterre en 1649, se trouvant à Londres le 31 janvier (9 février) fut entraîné par la foule et la curiosité vers le Palais de Whitehall et se promenait dans la Galerie. Elle était ornée des portraits des Rois de la Grande-Bretagne et celui du malheureux Charles en terminait la série.
Au moment où la trompette annonça l’exécution du monarque la foule d’Anglais qui encombrait cette Galerie s’écoula tumultueusement et un fanatique parlementaire passant vis-à-vis le portrait de Charles 1er déchargea son pistolet sur la tempe et frappa le fond d’un coup de poignard. L’amateur français témoin de cette lâche et nouvelle injure attendit que la Galerie fut entièrement vidée épia un moment favorable, arracha soudain le tableau, brisa le cadre, roula la toile, l’enferma sous le manteau rouge dont il était enveloppé et se sauva.
On s’aperçut le lendemain et du cadre brisé et de l’enlèvement du portrait et le français au manteau rouge fut soupçonné de cet acte. La police fut mise à ses trousses mais il avait fuit emportant son trésor et il s’était à peine embarqué à Douvres que des émissaires y arrivèrent mais vainement.
Il porta son tableau à Paris et Madame R. en devint par succession propriétaire. Je n’ai pas besoin de dire que les deux trous, de la tempe et du fond, ont été religieusement conservés.
Madame R. était parente de La Motte-Houdar dont elle avait un fort joli portrait, elle avait beaucoup vécu dans la Société des Beaux-Esprits de son temps et surtout celle de Fontenelle.
Ce tableau après la mort de Madame R. fut conservé par sa fille Madame de B. qui le transmis par testament à sa seconde fille Madame du P.-M. Le fils unique de cette dernière en ayant hérité à son tour l’a apporté de Paris à Montélimar et y a fait mettre cette notice pour conserver la mémoire de l’anecdote.
Fait à Montélimar, le 22 juin 1829
Le Marquis du P.-M.
Texte de Xavier de Harlay
23:45 Publié dans HISTOIRE de TABLEAU | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fanatique, parlementaire, pistolet, tempe, poignard, fond, xavier de harlay









